Respiration et Direction Chorale

  • 2
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Par Ildikó Ferenczi Ács, chef de chœur et professeur

 

Chef de chœur, je vois souvent des professeurs diriger leur chorale. En écoutant ces chœurs ou en regardant diriger ces professeurs, on peut se demander : “pourquoi l’un réussit-il mieux que l’autre, alors que les chœurs ont presque les mêmes capacités ? ” Pourquoi le public apprécie-t-il, mieux qu’une autre, telle prestation ? Souvent, la réponse se trouve dans la personnalité et la formation du chef de chœur. Les compétences indispensables à la conduite performante d’un chœur sont : l’utilisation des bras et des mains pour expliquer la musique : la mesure, le style, le caractère, l’atmosphère et le phrasé, le regard et les expressions du visage, la précision des levés et des temps.

 

Usage des bras et des mains pour expliquer la musique

La formation de chef de chœur est un processus très complexe. Il existe de multiples livres et DVD sur les techniques de direction, à partir desquels on peut comprendre et apprendre beaucoup de mouvements et de gestes.

Quand j’ai l’occasion d’évaluer le travail des chœurs (examens, concours), j’essaie toujours de m’asseoir du côté gauche de la pièce, pour suivre attentivement la main gauche des chefs. La main gauche est souvent utilisée, par beaucoup de chefs de chœur, comme un reflet des mouvements de la main droite. Dans la plupart des cas cela n’apporte aucune valeur ajoutée à la musique : au contraire celle-ci semble atone, voire apathique. C’est essentiellement parce que celui qui dirige ne sait que faire de sa main gauche.

La taille des battements dépend de la passion : le tempo et le type de musique. Battre la mesure de façon égale et invariable confère à la musique un son statique et monotone, et parfois rompt le mouvement musical. Les battements deviennent audibles.

Un chef de chœur doit savoir que le chœur chantera de la façon dont il est dirigé. En d’autres termes, les chanteurs ne feront que ce que le chef de chœur attend d’eux, que ce qu’il leur montre. Je dis souvent à mes étudiants que le chœur est le miroir du chef qui le conduit : je sais toujours, selon la façon dont il ou elle bat la mesure, quels sont les contacts visuels ou les expressions du visage. Un spectateur peut suivre et comprendre le déroulement musical, d’une part selon les yeux du chanteur, et d’autre part en entendant le son. C’est plus passionnant encore lorsqu’on n’est pas en mesure de voir les artistes mais qu’on entend seulement les voix (c.-à-d. en écoutant un CD). Un auditeur peut deviner les circonstances de l’enregistrement et sentir le climat du spectacle. Le son peut être qualifié de “stérile” quand l’enregistrement est sur-concentré ou méthodique. Il paraît parfait, mais pas vivant: une représentation ne peut être vraiment agréable que lorsque le genre musical et l’atmosphère sont perceptibles et audibles.

La faculté d’“audition intérieure” (l’ambiance, l’image et l’expression musicale à côté de la technique de direction,) est caractéristique d’un chef de chœur bien préparé et bien formé. Il ou elle doit être capable d’inspirer et de motiver les chanteurs, et être créatif(ve). Un chef de chœur a reçu une formation en théorie musicale  pour la lecture des partitions, pour entendre l’harmonie, en matière de production vocale, pour interpréter et enseigner. Il ou elle connaît aussi les différents styles musicaux, est souvent pianiste accompagnateur. Un bon chef de chœur doit aussi être chanteur, et connaître de l’intérieur les techniques et règles qui rendent une interprétation agréable.

 Il existe aussi, bien sûr, des livres sur le chant et l’enseignement du chant choral. Mais le lien étroit entre la technique de chant et la technique de direction n’est normalement pas incluse dans les programmes d’enseignement de direction chorale. La taille et la force des battements, la tenue des mains et des doigts déterminent la qualité du son. De nombreux facteurs influencent le type de battements comme la taille du chœur, le nombre des voix, la structure de la composition, la gamme et le registre, le rythme et le tempo, la teneur des paroles, le message du morceau, la dynamique et les sons musicaux du texte, etc.… Les deux derniers paramètres sont des domaines spécialement importants et délicats du travail de direction de chœur.

 

Dynamique

Les débutants, lorsqu’ils sont prêts, peuvent diriger une chorale et commencer les répétitions avec les chœurs. Ils disent souvent aux chanteurs : “piano, piano” ou “regardez la musique: il y a un forte” – et les chanteurs ne chanteront pas avec suffisamment d’intensité, ou même seront tendus… J’enseigne à mes étudiants à dire aux chanteurs “comment”. Les termes “piano” et “forte” ne sont que des caractères graphiques (des symboles) ; ils aident à comprendre l’œuvre du compositeur. Si quelqu’un sait traduire la notation musicale en musique (expérience musicale) avec son oreille intérieure, c’est-à-dire qu’il/elle sent la musique, il/elle doit savoir comment expliquer aux chanteurs comment elle doit être chantée : comment créer le son et comment interpréter la musique.

Dans le cas du signe “piano“, par exemple, le chef de chœur doit définir comment interpréter la mélodie “p” ou plutôt comment piano doit retentir. Chanter doucement peut exprimer du chagrin, de la tristesse, de l’intimité mais aussi de la peur, de la joie, de l’amour, etc. C’est pareil pour le “f“: chanter fort, plus ardemment même, intensément, énergétiquement – comment dire ? – chanter avec fougue, passion, majesté ou avec une expression musicale joyeuse, triomphante.

Par conséquent, le bon chef de chœur dit au chœur non pas ce qui doit être vu dans la note, mais comment l’exprimer.

 

Chants

Les morceaux pour chorale marchent généralement avec des textes, dont les voyelles et les consonnes sont les composantes. Elles constituent une part importante de la sonorité d’un texte. Un bon texte est plein de bons sons musicaux et aide le chanteur à trouver le juste son musical. Si vous choisissez un morceau, vérifiez d’abord le texte à chanter : choisissez une bonne prose. Le choix d’un chant qui sonne bien est la moitié du succès. Que signifient “ des chants qui sonnent bien ? Ce sont des chants qui excellent à utiliser le lieu exact de formation du son et qui nécessitent peu de déploiement d’énergie. Ce peut être, par exemple, p, b, m (les consonnes bilabiales), et v, f (les consonnes labiodentales), ou aussi d, t, n, r, l, s, z (les consonnes alvéolaires). Les autres consonnes n’aident pas vraiment la voix à résonner sur le devant. Les voyelles les plus pleines sont i et e, mais a sonne mieux (plus intense). Il s’ensuit qu’un bon texte se compose de sons musicaux qui se forment avec le même ton et au même endroit (surtout à l’avant) de la cavité buccale.

En dirigeant, un chef de chœur doit savoir comment se forment les sons par lesquels démarrent la mélodie ou le morceau. Dans chaque situation les battements doivent être différents. Quatre composantes font partie de la forme en mouvement : en commençant un mot/syllabe, par exemple,  avec une voyelle a (comme alléluia) on trouve de nombreux types de battements selon le tempo, la dynamique et la signification du texte.

Sans titre1

Voici un mouvement très court mais extrêmement significatif dans la conduite de chœur qui est utilisé au début de chaque morceau musical, au début des nouvelles sections d’un morceau et à chaque changement de section pendant la musique : la levée.

Le processus d’une bonne levée est :

  • Se tenir devant le chœur, se concentrer et élever les bras, prêt à diriger ;
  • Attendre le moment où chaque choriste, et l’accompagnateur ou les instrumentaliste(s), sont prêts à commencer – pendant que chacun se concentre, le chef ne fait aucun mouvement ;
  • Les 3 étapes de la levée :
  1. le battement préparatoire est un geste vers le haut, juste avant la première mesure de musique, c’est-à-dire un mouvement vers le haut à partir du point de départ (en durée, c’est la partie la plus longue de la levée : presque un temps complet).
  2. Le tournant, point-mort avant la tombée du bras.
  3. La première mesure, par exemple la première note : c’est le moment où la voix commence à retentir – en durée, très vite.

 

sans titre2

 

La levée indique aux chanteurs quand et comment la musique va commencer. Le geste doit être effectué de la même manière, dans les mêmes climat, dynamique et tempo qu’à la première étape, en soutien de la première voyelle ou consonne du morceau.

La levée permet au chœur de prendre une respiration et de commencer à chanter ensemble. Ce mouvement est rattaché à la technique de chant, à la respiration et à la phonation.

L’apprentissage vocal, de la posture et de la respiration à la formation des sons musicaux, la qualité du timbre et l’articulation, constitue une partie très importante du chant choral. Le chef de chœur doit lui aussi être un chanteur bien entraîné. Il ne suffit pas d’entendre l’erreur ou de remarquer le problème : ce n’est pas suffisant de dire au chanteur que quelque chose ne va pas, ou ne correspond pas au style – un bon chef de chœur dit “comment. Il/elle explique comment créer et comment faire de la bonne façon. Il/elle doit savoir comment les processus élémentaires fonctionnent.

 

Respirer

Il est important de connaître les différences entre respirer pour vivre et respirer pour chanter. Les étapes de la respiration vocale sont :

  • Inspirer (inhalation)
  • Application des contrôles (suspension) – spécialement pour chanteur
  • Expiration contrôlée (phonation)
  • Récupération – ne concerne pas ce chapitre

 

Technique_1_Breathing_Conducting_picture_2

 

(Source de l’illustration:

http://www.johngull.co.uk/Anatomy%20of%20the%20voice.htm)

 

Les temps d’inspiration et d’expiration pour vivre sont presque les mêmes (1 :1) en suspension, alors que la phase d’inhalation pour chanter est plus rapide et la quantité d’air inspiré plus importante que dans la respiration naturelle. La phase d’expiration est contrôlée et plus lente. La durée dépend de la longueur et de l’intensité de la mélodie chantée. Entre les phases “inspiration” et “expiration” il y a une période très courte d’apnée pour la préparation à la phonation. Celle-ci se produit quand l’air se précipite hors des poumons par la trachée, et que les cordes vocales se mettent à vibrer. Lorsque le mouvement respiratoire rencontre précisément la fermeture des plis vocaux, un son parfaitement formé phonétiquement est produit. Ceci doit être pratiqué et appris par le chanteur pour développer un mécanisme conscient.

Contraction : l’expiration et la phonation marchent ensemble dans la même (3) phase.

La quatrième phase (récupération) est le bref moment où les muscles sollicités dans la respiration et la phonation se relâchent.

Les 3 phases vues dans le contexte de la levée et du chant :

Phases

1

2

3

Direction

Battement préparatoire

tournant

Temps fort

Chant

Inspiration

Installation des contrôles

Expiration-phonation

 

La respiration n’est pas seulement importante au début du chant – elle est à la base de l’ensemble de la technique vocale, de l’enseignement du chant et elle est aussi essentielle dans le travail choral.

Un chef de chœur doit savoir où les choristes respirent (même entre les phrases) et comment leur permettre de le faire ensemble.

Le mouvement le plus important, fondamental dans l’enseignement des techniques de direction chorale, c’est la levée. Une faute fréquente se produit quand un chef débutant “écrase” le temps fort. Cela arrive trop tard, et ne donne pas aux choristes le temps d’anticiper. Quand la musique commence en anacrouse d’un temps, la préparation de ce battement précédera normalement la première note chantée. Ce mouvement pourra être expliqué par le chef, lu dans les livres ou pratiqué devant le miroir. Cependant, en même temps que la connaissance des facteurs physiologiques, la façon la plus simple de communiquer ce savoir, c’est l’exemple : respirer soi-même ! Toujours respirer silencieu- sement, avec le battement préparatoire. Toujours respirer avec ses choristes. Le mouvement sera précis et les sons parfaits. Le chœur sera toujours avec vous.

 

Bibliographie :

 

 

Ildikó Ferenczi ÁcsIldikó Ferenczi Ács étudia la Direction chorale et obtint son diplôme de  D.L.A.  à l’Académie de Musique Liszt Ferenc à Budapest. Elle est aussi diplômée en qualité de chanteur du Conservatoire de Debrecen de l’Académie de Musique Liszt Ferenc. Elle est professeur de direction chorale et professeur de musique au Collège de Nyíregyháza où elle a enseigné depuis 1989. Elle fut directrice du Chœur Gaudeamus du Collège de 1993 à 2010. Maintenant elle est Chef du Service de Musique et Doyenne de la Faculté des Arts du Collège. Email: ferencziacsi@gmail.comm

 

Traduit de l’anglais par Chantal Elisène-Six (France)

Edited by Gillian Forlivesi Heywood, Italy

PDFPrint

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *